Comment se faire obéir sans crier ?

Nous savons désormais que crier constitue déjà une forme de violence. Les effets néfastes des cris ont été démontrés et outre leur inefficacité, personne ne souhaite avoir des enfants qui utilisent le cri comme mode principal d’expression ou bien encore qui ont la peur comme seul motif pour agir.

Pourtant, au contact de nos enfants et pour tenter de gérer au mieux le quotidien et de les faire coopérer, nous pouvons être amenés à hurler sur eux malgré toute notre bonne volonté, quitte à le regretter sérieusement par la suite.

Est-il possible de faire autrement et comment pouvons-nous nous y prendre ?

Un enfant doit-il obéir ?

La vérité, c’est qu’un enfant qui répond immédiatement à toutes les sollicitations de ses parents, et ce, sans exception, ça n’existe pas et c’est finalement bien normal. Les enfants ont leur propre monde, avec leurs propres enjeux, besoins et conceptions des choses.

Bien sûr, il est possible de faciliter la coopération, mais il y a toujours des moments et des raisons qui feront qu’un enfant n’obéira pas.

Nos parents et nos grands-parents ont bien souvent été éduqués avec la peur au ventre d’un châtiment physique. C’est pourquoi on dit couramment qu’ils étaient « moins difficiles ». Ils n’avaient pas la possibilité de s’exprimer alors que les nôtres « répondent » dès leur plus jeune âge. Aujourd’hui, les méfaits des châtiments n’étant plus à démontrer, les enfants sont beaucoup plus libres de répondre ou de refuser de donner suite à une demande.

Le comportement des nouvelles générations découle de la disparition de l’autoritarisme et c’est tant mieux, à condition de ne pas tomber dans le laxisme qui peut également avoir des conséquences dramatiques sur le comportement de l’enfant et l’harmonie familiale.

Adopter une règle différente des générations antérieures, c’est s’exposer et s’affirmer en tant qu’individu à part entière, individu qui ose de surcroît rompre avec les traditions familiales !
C’est également la raison pour laquelle nous, parents, pouvons avoir du mal à nous situer ; d’autant plus si nous sommes sensibles au regard et au jugement des autres. De crainte d’être taxés de laxistes, nous aurions tendance à faire preuve rigidité à la première crise de supermarché ou dans toutes les situations où notre image dans le regard des autres pourrait être ternie. Et que dire des repas de famille où nous oscillons entre le regard de nos propres parents et nos convictions ?

Adopter une règle différente des générations antérieures, c’est s’exposer et s’affirmer en tant qu’individu à part entière, individu qui ose de surcroît rompre avec les traditions familiales !

Les clefs de votre passéAccepter par exemple que son enfant n’obéisse pas au doigt et à l’oeil, mais seulement après plusieurs demandes, négociations et astuces, peut demander beaucoup de courage lorsque nous sentons la pression autour de nous. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de notre premier enfant et lorsque l’on pense comme vrai ce que la société raconte depuis la nuit des temps : les enfants doivent être cadrés et éduqués très sévèrement et avec un maximum de limites au risque de devenir des tyrans !

Bien qu’il soit vrai qu’un enfant éduqué sans aucune limite deviendra un tyran, élever son enfant avec des bornes inutiles, injustifiées et conséquentes donne sensiblement le même effet et entrainera des troubles de confiance en soi. Et il est bien plus facile d’éduquer un enfant en évitant le laxisme et l’autoritarisme que de réparer un adulte qui aurait souffert du laxisme ou de l’autoritarisme de ses parents. C’est dire !

Méthodes et astuces

Heureusement, nous pouvons nous rassurer, tout n’est pas perdu pour autant et ce n’est pas parce que les fessées ont disparu que nous devons laisser la pagaille et le chaos s’installer dans nos foyers. Au contraire…

Plus les enfants sentent que les demandes que nous leur formulons sont justes et présentent un intérêt pour tous, plus ils se montrent coopératifs, à condition que rien d’autre ne soit en jeu. (Besoins, respect du rythme, tensions, mal-être … (Lire l’article : Gérer les émotions de ses enfants )

« Ce n’est pas parce que maman n’aime pas les parcs que nous devons nous en aller, mais bien parce que j’ai joué un moment et qu’il est temps de rentrer pour le dîner. » Si nous n’emmenons jamais nos enfants au parc ou si, lorsque nous les emmenons, nous restons 2 minutes, il est fort probable que nous ayons beaucoup de difficultés à les faire remonter dans la poussette.

Il existe de nombreuses astuces qui permettent de faire coopérer les enfants sans crier et c’est surtout à nous d’être créatifs et d’adopter les propositions à l’âge de nos bambins.

Par exemple, nous pouvons procéder par le jeu. Autant il est difficile de comprendre pour un enfant de deux ans (qui détient le record du non à la minute) l’intérêt de mettre un papier à la poubelle, autant il peut être très facile de le faire jouer au conducteur de camion poubelle qui ramasse les papiers !

Quelle corvée de servir les parents, mais quel plaisir de jouer au restaurateur ou au livreur express débarrasseur de table ! Retrouvons notre regard d’enfant et lâchons prise !

De plus, si la mission amuse tout le monde, la tâche sera assimilée par l’enfant à quelque chose de positif et le tour est joué. Vos enfants se battront pour balayer ou débarrasser la table!

Ranger en dansant ou en écoutant de la musique ou en essayant de battre un temps record au chronomètre fonctionne mieux que les cris et les menaces.

Aux alentours de 18 mois – 2 ans, vous pouvez utiliser le choix pour que vos enfants acceptent de s’habiller et ainsi contourner le phénomène d’opposition. En pleine période d’affirmation, ils seront ravis de choisir eux-mêmes d’enfiler le pull bleu plutôt que leur pull vert et vous serez ravis que votre enfant ait enfilé un pull, peu importe sa couleur !

Parlez positivement aux plus petits qui n’assimilent pas les négations : si vous leur dites « n’écris pas sur la table, ils entendront « écris table». Préférez « Tu peux écrire sur la feuille ou veux tu un papier pour ton dessin ? ». Au lieu de « Ne cours pas au bord de la piscine, indiquez « ici on marche ».

Ne collons pas d’étiquettes sur nos enfants au risque de les voir assumer parfaitement le rôle qu’on aura bien voulu leur faire jouer.
Parlons à nos enfants comme s’ils étaient des collègues de travail ou encore nos invités. Au lieu de « ramasse ta serviette », nous pouvons indiquer objectivement, y compris dans le ton, comme nous le ferions à un invité « ta serviette est tombée ». Bien souvent, votre enfant la relève de lui-même, même s’il faut accepter que cela ne soit pas forcément immédiat.

De la même façon, nous pardonnons systématiquement à un invité qui briserait un verre en le laissant tomber. Et pourtant, nos enfants sont régulièrement taxés de « maladroit » pour un accident de vaisselle, ce qui ne fait que renforcer leur impression d’être maladroit et leur maladresse à plus long terme, d’autant qu’ils n’oseront plus intervenir et par là même s’entraîner à manipuler.

Évitons de déposer sur nos enfants des étiquettes particulières : « le maladroit, le désordonné, le rebelle… » et si c’est le cas, sachez qu’il n’est jamais trop tard. La meilleure manière pour y parvenir consiste à  relever tout ce qui est positif dans ce trait de caractère « ah je vois que tu as rangé tes chaussettes » ou « rappelle-toi la fois où tu nous as apporté le petit déjeuner, tu n’avais rien renversé ». Ne collons pas d’étiquettes sur nos enfants au risque de les voir assumer parfaitement le rôle qu’on aura bien voulu leur faire jouer.

Plus nos demandes sont justifiées et plus nous avons de chance qu’elles soient honorées. Si nous nous opposons à tout ce qu’ils font et si nous avons pris pour habitude de leur demander toujours plus, ils penseront très vite que rien ne nous satisfera jamais et ne comprendront plus le sens de nos remarques.

Laissez les enfants faire leurs propres expériences ! Il ne veut pas mettre ses chaussures ou son manteau, laissez le partir dehors pieds nus ou en pull par moins 10° ; il se rendra très vite compte de l’intérêt des chaussures et du manteau ! Pour cela, n’oubliez pas de prendre ce qu’il aura refusé de mettre dans un sac. Et, quand il vous dira qu’il a froid, abstenez-vous de lui dire : « je te l’avais dit qu’il fallait mettre un manteau ! » la leçon est déjà très bien acquise, soyez-en certain !

Pourquoi n’obéit-il pas malgré toute ma bonne volonté ?

Parfois, nous pouvons nous croire experts en parentalité à la suite de nombreuses lectures et autres conférences, et pourtant rien n’y fait. Nos enfants montrent une certaine résistance et nous avons tendance soit à baisser les bras, soit à revenir en arrière, tant pis pour la parentalité positive et le respect de l’enfant.

Il peut alors être utile de nous interroger sur notre niveau d’exigences. Celui-ci peut parfois être trop élevé et nos enfants peuvent alors ne pas répondre à nos demandes. Que ce soit au sujet de la politesse, en termes de résultats scolaires ou encore de repas non achevés… Il peut être intéressant d’échanger avec d’autres familles pour voir où nous nous situons et vérifier que nous ne sommes pas enfermés dans un schéma familial et une tradition qui veut, par exemple, que nos enfants embrassent les inconnus pour leur dire bonjour ou encore que « tous les enfants mangent de tout ». Les tout-petits enfants ne peuvent pas avoir de notion de politesse si ce n’est par mimétisme. Et tout comme les adultes, les enfants ont leurs préférences alimentaires et celles-ci peuvent évoluer avec le temps. (Lire l’article : mon enfant refuse de manger de tout)

Autre exemple : Somme-nous en droit de forcer un enfant à finir un yaourt alors que la taille de ces desserts est identique pour les enfants et les adultes ?

Devons-nous imposer à nos enfants d’étudier une heure chaque soir alors même qu’ils ont passé 6 heures sur une chaise à écouter leur maître ?

Notre acharnement en vaut-il toujours la peine ? Que se cache-t-il derrière ce principe que nous refusons de lâcher ?

Faut-il tout laisser faire ?

« Oui, mais je ne peux pas le laisser faire la pluie et le beau temps à la maison… il a 8 ans, il peut quand même désormais m’écouter et me comprendre. »

Il ne s’agit pas de tout laisser faire sous prétexte de parentalité positive. Leur faites-vous porter les conséquences de leur acte ? Leur avez-vous indiqué l’intérêt de mettre leur linge sale dans le panier et inversement ? Lorsqu’une chose tombe, elle doit être ramassée. Lorsque le linge n’est pas dans le panier, il n’est pas lavé, y compris le pull préféré.

Peut-être pensez-vous : « Tout ceci fonctionnait, mais en ce moment, plus du tout ! » De la même manière que nous, adultes, pouvons être inefficaces ou en colère, car nous n’avons pas comblé un de nos besoins, l’enfant peut se montrer parfaitement rebelle ou sourd à tous nos propos pour peu qu’il soit fatigué, qu’il sente une atmosphère tendue, qu’il ait besoin de sécurité ou pour tout autre motif auquel il nous appartient de répondre.

Il sera totalement inutile de demander la moindre collaboration lorsque les tout-petits sont épuisés ou s’ils ont faim. Avec les plus grands, prendre le temps d’une bonne discussion ou de faire un jeu ensemble pour remplir le réservoir affectif vaut toutes les recettes du monde et peut faire gagner un temps précieux, contrairement à ce que l’on a tendance à penser.

Inutile de demander à un enfant de 18 mois de ne pas toucher la vaisselle du magasin alors qu’il n’est gouverné à cet âge que par l’exploration et la curiosité.

Votre enfant est peut-être obnubilé par la télévision. Il n’y a pas d’autres solutions que de prévenir de la coupure imminente de la télévision (éventuellement à la fin de l’épisode préféré si c’est envisageable avec le déroulement de la soirée) et de s’y tenir. Les enfants n’ont aucun recul vis-à-vis des écrans et il vous appartient d’en limiter l’accès et la durée. Plus votre enfant sera resté longtemps devant la télévision et plus il y a de chance qu’il y ait une période de transition où il ne coopérera pas, voire ne décolèrera pas. Ne lui en tenez pas rigueur, c’est uniquement dû à l’effet écran. Laissez-le retrouver ses esprits et éviter la télévision au maximum surtout pour les tout-petits. Les neurosciences démontrent clairement les dégâts de l’abus d’écran sur les enfants.

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« Mais cela m’énerve tellement lorsqu’ils n’obéissent pas que j’en oublie tous ces bons conseils et toutes ces astuces … »

Si malgré tout cela, vous ne supportez pas la « désobéissance » de vos enfants, c’est que cela vient réveiller en vous quelque chose (un schéma du passé, un besoin non comblé.) La preuve est que lorsque tout va bien, vous supportez vos enfants et leurs oppositions alors que le lendemain, tout devient intolérable. Même si encore une fois, il ne s’agit pas de laisser nos enfants tout faire, nous sommes seuls responsables du fait que cela nous fasse crier, perdre notre calme et notre créativité pour trouver des solutions.

Il nous appartient alors d’aller enquêter pour voir à quoi renvoient nos colères ou notre tristesse vis-à-vis du comportement de nos enfants.

Au lieu de vous emporter, nommez ce que vous ressentez !

Contrairement à ce que la société invoque régulièrement, les enfants sont naturellement empathiques et conciliants. Attention, cela ne signifie pas que les enfants doivent être immobiles, dociles et silencieux. Pas plus que cela n’indique que la tâche est facile !

Si vous en avez conscience, mais que vous ne réussissez pourtant pas à l’accepter, il vous appartient de vérifier ce qui se passe en vous, plutôt que de continuer à croire que vous êtes une mauvaise maman ou à faire croire à votre enfant qu’il est insupportable ou encore qu’il est la cause de vos malheurs.

Nous ne sommes pas parfaits et les dérapages sont humains, mais si vous sentez que cela devient trop fréquent, prenez le temps de voir ce qui se passe en vous, comblez vos besoins et prenez soin de vous. C’est seulement cela qui empêche de crier…

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