Préparer ses enfants à affronter le monde

Faites-vous partie des parents qui pensent que leur rôle consiste, entre autres, à armer nos enfants aux difficultés et aux épreuves de notre monde ?

Pensez-vous également qu’il faut leur apprendre à se défendre, car ce monde est loin d’être celui des Bisounours ?

Il est bien normal pour un parent de vouloir préparer son enfant à vivre dans un monde où la violence existe. Je parlais récemment avec une maman dont l’enfant semblait harcelé par un camarade. Pour l’aider, sa maman l’a inscrit au judo afin qu’il apprenne à se défendre. Et lorsque son enfant lui confie ce qu’il a subi, elle lui conseille de rendre les coups.

Que feriez-vous à sa place ?

Mon sentiment c’est que prescrire la violence pour faire cesser la violence n’est pas la bonne solution. C’est comme essayer d’éteindre un feu avec le feu !

Je ne juge pas cette maman bien entendu, car je pense qu’elle ne se rend pas compte du tout de ce qui se joue réellement. Elle  croit bien faire en prônant ce conseil. 

Cependant, je me propose de vous expliquer ce que j’en pense et quels sont les effets à long terme de ces pratiques.

En fait, si la violence existe dans notre monde c’est uniquement parce qu’elle est transmise de génération en génération aux enfants. Les violences éducatives en sont la cause. Si les enfants étaient tous élevés dans la bienveillance, l’altruisme, l’empathie et l’amour, ils n’auraient pas recours à ces pratiques.
Or, nous vivons encore dans un monde où les violences éducatives sont la norme ce qui peut nous laisser croire que justement, parce que nous vivons dans ce monde et en attendant que ça change, on est bien obligé d’apprendre à se défendre.

Je crois pour ma part que l’on peut apprendre à se faire respecter sans avoir besoin de recourir à la violence. Car, ce que l’on souhaite, c’est un respect mutuel et pas à compter le nombre de coups pour savoir qui a gagné. Dans une guerre, il n’y a que des perdants en réalité !

Lorsqu’un enfant harcèle un autre enfant, c’est parce que cet enfant est en souffrance. Cela n’excuse pas ses gestes, mais cela explique son comportement.

Je me souviens de ma Louise qui avait dans sa classe un camarade qui avait entrepris de l’humilier. Il s’appelait Mathis.

Mathis lui arrachait son bonnet ou son cartable pour le jeter, s’amusant de la voir courir pour le récupérer. Puis, il a commencé à la critiquer. « Tu es nulle, tu es moche, tu ne sais rien faire… « 

C’est là qu’elle a commencé à se confier. Je l’ai écouté pour la laisser exprimer toutes ses émotions et pour qu’elle puisse vider son sac. Et voici le conseil que je lui ai donné pour que cesse la violence. J’ai dit : « Il doit être vraiment malheureux ce Mathis pour s’en prendre à toi sans raison. Il faut dire qu’avec ta joie et ta bonne humeur, tu es un soleil et peut-être que les soleils lui font mal aux yeux ». 

Louise me regardait avec de grands yeux, pas très convaincue alors j’ai continué : « Tu sais Louise, à chaque fois que Mathis te dira une méchanceté, offre-lui un compliment et envoie-lui de l’amour, car il doit vraiment en avoir besoin. Et s’il va trop loin, va en parler à la maitresse pour qu’elle règle le conflit. Ne subit pas, la maitresse est là pour te défendre. Et si cela ne suffit pas, j’irais moi-même en parler avec ses parents. Je suis certaine qu’ils n’aimeraient pas savoir que leur enfant brutalise une petite fille qui ne lui a rien fait. »

Plus tard dans la soirée, alors que nous étions à table Louise m’a dit :

Tu sais maman, c’est vrai qu’il est triste Mathis. En début d’année il pleurait tous les jours parce que ses parents allaient divorcer.

J’ai répondu : «Voici un début d’explication alors, et peut-être la raison de son mal-être. Toi, tu as la chance d’avoir tes deux parents et d’être joyeuse tout le temps. C’est difficile quand on a le cœur qui saigne de supporter la joie des autres parfois. » 

Louise a suivi mes conseils. Quand il lui disait qu’elle était nulle, elle lui répondait : « c’est chouette que tu sois si intelligent ». Elle a même osé lui dire un jour : « Ah oui, tu trouves. C’est pas grave, je m’en fiche d’être nulle. »

athis a rapidement cessé de la harceler. Il a peut-être trouvé une autre proie, je l’ignore.

L’année suivante, Louise et lui ont fait leur entrée en sixième. Le collège compte 7 classes de près de 30 élèves. Nous habitons à la campagne et ce collège regroupe tous les villages alentour.

En primaire il n’y avait qu’une seule classe par niveau autant vous dire que la probabilité pour que Mathis et elle soient ensemble était très faible. 

C’est pourtant ce qu’il s’est passé. Une histoire de loi d’attraction dont je vous ai déjà parlé. 

Louise était furieuse. « Maman, tu ne devineras jamais qui est dans ma classe cette année, j’ai trop la poise ! » En réalité elle a dit le « seum », je ne sais même pas comment orthographier ce mot ;-).

Vous avez deviné, c’était Mathis. Elle a ajouté qu’il était de plus en plus sombre. Un cauchemar pour ses professeurs : insolent, perturbateur, grossier … Il passait son temps chez le principal tant son comportement dérangeait. Et pour couronner le tout, il fumait et faisait le mur du collège, profitant de la récréation pour escalader le portail et se sauver.

Mathis était toujours un sujet de conversation, mais heureusement plus pour les mêmes raisons. Il ignorait complètement ma fille. 

Les semaines ont passé et ce sujet s’est tari. Ses bêtises étaient devenues habituelles, elles ne choquaient plus ma fille. Jusqu’au jour où Louise est arrivée avec une nouvelle anecdote. 

Ce matin-là, en cours de mathématique. Un garçon s’est moqué d’elle suite à l’annonce de la note obtenue à son contrôle. La plus mauvaise note : 2 sur 20 ! 

L’enfant l’avait traitée de nulle devant toute la classe. Et même d’être la plus nulle de toute la classe. Elle avait dû retenir ses larmes pour ne pas craquer. Pauvre Louise !

La chute est incroyable, surtout quand on sait que c’est une histoire vraie.

C’est Mathis qui tel un chevalier justicier s’est emparé de l’affaire pour défendre ma fille. Il a attendu la sortie pour interpeller ce garçon et lui a dit en l’attrapant par le colback pour l’invectiver : « Cette fille c’est comme ma sœur, si tu t’en prends à elle s’est comme si tu t’en prenais à moi ». 

Puis, il l’a obligé à lui faire des excuses publiques. D’après ma fille, cet enfant était vert de honte.

Plus personne n’a plus jamais osé s’en prendre à elle, Mathis terrorisant tout le monde.

Lors du conseil de classe du premier trimestre auquel j’ai assisté, le cas de Mathis a été exposé et j’ai découvert ce jour-là quels démons se cachaient derrière le comportement de cet enfant. C’était bien plus grave qu’un divorce.
Sa maman se droguait devant lui, il avait été à plusieurs reprises placé en famille d’accueil. Quant à son papa, il était totalement absent de sa vie. 

En fin de cinquième, Mathis a fait l’objet d’un conseil de discipline et nous n’avons plus jamais entendu parler de lui. Il a été mis à la porte du collège pour avoir fugué à plusieurs reprises et pour avoir été retrouvé ivre en classe. 

Pauvre garçon ! Car aussi bizarre que cela puisse vous paraître, j’ai toujours eu de la compassion pour cet enfant, même quand il s’en prenait à ma fille, car je savais qu’il devait vraiment souffrir pour s’en prendre à une innocente.

Alors, pensez-vous que la violence est la solution et qu’elle doit nous permettre de nous défendre ?

Un auteur dont je ne connais pas le nom a dit : 

En tant que parents, ce n’est pas notre boulot d’endurcir nos enfants pour vivre dans ce monde cruel et insensible. C’est notre boulot d’élever des enfants qui rendront ce monde un peu moins cruel et insensible.

Alors je sais bien que certains d’entre vous se diront que l’on ne va pas, sous prétexte qu’il y a des enfants en difficulté, tout accepter. 

Et je suis bien d’accord, car ce n’est pas ce que j’ai dit. 

J’aurais défendu ma fille s’il avait fallu le faire. Comme quand on est victime d’une personne et que l’on dépose une plainte. Il est important de se défendre, mais faut-il utiliser les mêmes armes ? C’est là où je vois une nuance, car en adoptant d’autres méthodes, on peut résoudre des conflits autrement. 

Je suis convaincue que si les guerres existent encore c’est parce que petit on rend les coups et en devenant grands, on continue à croire que pour se défendre il faut se battre. 

Est-ce vraiment la solution ? 

Les filles comme les garçons ont des conflits scolaires. Pourquoi les filles arrivent-elles à les résoudre sans utiliser la violence ? 

Ce n’est pas toujours vrai certes, certaines filles se battent, mais c’est beaucoup moins courant. Et sachez que si elles le font c’est aussi parce qu’elles reproduisent ce qu’elles perçoivent de la gestion des frustrations. 

Néanmoins, il faut bien reconnaître qu’elles trouvent souvent d’autres solutions pour gérer les conflits, dont la communication. 

D’ailleurs, observez les jeux vidéo des enfants. Ils sont tellement violents. À tel point que les filles n’y trouvent pas leur compte. Elles ne se reconnaissent pas dans le fait de tirer sur tout ce qui bouge ou de boxer des gens.

Bien entendu, n’y voyez pas un féminisme exacerbé ni une façon de diviser les genres, il s’agit juste d’un constat pour vous démontrer qu’il est possible de s’en sortir sans rendre les coups et que si les enfants avaient des modèles pour leur montrer comment gérer leurs frustrations autrement qu’en s’en prenant aux autres alors, le monde serait plus beau.

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