Votre enfant est égoïste, que faire ?

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Vous trouvez que votre enfant est égoïste, il refuse de prêter en disant très souvent : « c’est à moi ». Au bac à sable il refuse de prêter sa pelle ou son seau, quand il invite des copains à la maison, ils n’ont droit de toucher à rien, cela vous désole parce que cela ne fait pas partie de vos valeurs et vous ne savez pas comment vous y prendre pour que les choses changent et pour l’amener à développer son empathie et sa générosité, bref, vous vous posez beaucoup de questions sur l’attitude de votre enfant.

Ce qu’il faut savoir avant toute chose, c’est qu’avant 5 ans, un enfant n’a absolument pas la notion de la mise en commun, il peut donc paraître à vos yeux, égocentré. Cela ne fait pas pour autant de lui un égoïste.

Le premier conseil que j’ai envie de vous donner, c’est d’éviter de coller, trop vite et trop tôt, des étiquettes à votre enfant. Prenez bien conscience que plus vous allez lui reprocher d’être égoïste, de ne penser qu’à lui, de ne pas partager, plus vous allez renforcer ce comportement chez lui ! Plus on pointe chez un enfant ce qui ne va pas, plus cela se renforce ! 

Évitez d’avoir des jugements hâtifs, même si votre enfant peut faire preuve d’un manque de générosité à vos yeux. 

 

Première clef : La générosité ! 

Je vais vous expliquer comment cela fonctionne, parce que, la générosité et l’empathie sont des comportements qui s’apprennent. Ce n’est que vers 6 ou 7 ans que vous pourrez mesurer la capacité de votre enfant à être généreux, à partager des biens communs, parce que, c’est l’âge où il pourra le comprendre. Avant cet âge-là, c’est plus difficile, ce qui ne veut pas dire que parce qu’un enfant à moins de 5 ans, il n’en sera pas pour autant généreux et prêteur, il n’y a pas de règles absolues.

De plus, si c’est un enfant unique, qu’il ne soit pas habitué à prêter ou partager ses affaires, ce sera un peu plus compliqué pour lui. 

Personnellement, j’ai 3 enfants, il y a un grand écart d’âge entre la première et la deuxième, et très peu entre les deux dernières, elles sont d’ailleurs nées la même année, et j’ai pu constater la différence. L’aînée qui avait l’habitude d’avoir ses affaires pour elle toute seule, n’avait pas la même attitude vis-à-vis de ses camarades que les deux autres, qui elles n’avaient pas cette notion de « c’est à moi, c’est à toi », d’une part parce qu’elles avaient une salle de jeux, commune, et même à Noël ou aux anniversaires, elles recevaient des cadeaux pour chacune d’elles, comme tout était mis en commun dans cette salle de jeux, elles avaient moins cette notion et étaient habituées à partager. Comme elles n’ont pas de souvenirs avant l’âge de trois ans, qu’elles ont grandi ensemble, cette notion d’appartenance des objets était moins définie. Revenons à la première clef sur la générosité, cela s’apprend. Pour apprendre à votre enfant à être généreux, empathique, à être moins égoïste, il va falloir adopter les bonnes attitudes or, la bonne attitude n’est jamais de réprimander l’enfant, de le culpabiliser, de l’obliger à prêter, de lui dire qu’il n’est pas gentil parce qu’il est trop égoïste, car tout ça va être contre-productif. Votre enfant va se dire qu’il n’est pas un bon enfant, que ce n’est pas normal d’agir comme ça, il aura une mauvaise image de lui. Cela risque de renforcer ce comportement égoïste et surtout ne pas l’inciter à changer, car il va être enfermé dans vos croyances et cette image de lui qui est immuable.

 

-Deuxième clef : Ne le complimentez pas non plus dès qu’il décide de partager quand vous lui demandez. Ne le remerciez pas en lui disant par exemple : « Merci, c’est bien tu as partagé, il faut être généreux dans la vie, c’est important de prêter ses affaires », etc…J’ai fait des vidéos sur les compliments, vous pourrez, si vous le désirez, aller les voir si vous voulez comprendre pourquoi il est néfaste de faire des compliments quand il s’agit de valeurs essentielles, parce qu’il va se construire au travers du regard des autres, mais ne pas en faire des valeurs personnelles, qui viennent de lui et non pas des autres. Cela veut dire qu’il va chercher la satisfaction dans votre regard et celui des autres, cela peut le poursuivre toute sa vie ! J’accompagne dans ma profession beaucoup de personnes, des jeunes, bien sûr, mais aussi des personnes âgées, qui sont dans cette dépendance de faire plaisir à l’autre et exister dans le regard et le jugement des autres, et cela depuis l’enfance.

C’est pourquoi si vous le complimentez, il n’intégrera pas cette règle de base de la générosité dont un des piliers est le partage, l’empathie. Il ne le fera que pour vous faire plaisir. Vous me direz, si l’on ne peut pas le complimenter que fait-on ? C’est ce que nous allons voir.

 

-Troisième clef : Mettre en évidence les conséquences positives de ses actes ! Par exemple, votre enfant a prêté son seau à un autre enfant dans le bac à sable, vous voyez qu’il commence à partager, eh bien, au lieu de lui dire : « c’est génial, je vois que tu as prêté ton seau, c’est très gentil à toi, cela me fait plaisir que tu l’aies fait, on en profite pour lui parler de la conséquence positive. Alors, quelle est la conséquence positive pour votre enfant de prêter ses affaires aux autres ? C’est qu’il fait plaisir à quelqu’un, c’est alors que l’on ramène ainsi l’attention sur lui et pas sur nous. Vous pouvez lui souligner : tu as remarqué quand tu as prêté ton seau à l’autre petit garçon, ou à l’autre petite fille, comme ça lui a fait plaisir ? D’ailleurs après vous avez pu jouer ensemble ensuite et cela vous a rapproché ».

Montrer à un enfant quelles sont les conséquences positives lorsqu’on est généreux, c’est lui faire prendre conscience que faire plaisir aux autres procure un bénéfice pour les deux, car cela crée du rapprochement et fait naître l’amitié.

Lorsque votre enfant met la table sans que vous lui demandiez, parce qu’il a voulu vous faire plaisir et vous aider, au lieu de lui dire que vous êtes content qu’il ait mis la table, vous pouvez lui dire que cela va vous laisser plus de temps pour jouer avec lui, ou pour vous reposer, ce qui va créer du bonheur et du temps pour vous en plus, grâce à son initiative.

Vous l’avez bien compris, je suppose, à travers les exemples que je vous donne, c’est l’importance de changer le focus, au lieu de le mettre sur vous et votre satisfaction, le mettre sur votre enfant afin qu’il comprenne que ses actes ont une conséquence positive dans la vie des autres, et je peux vous garantir que les études qui ont été faites sur le bonheur, prouvent que ce qui nous rend le plus heureux, c’est lorsque quelqu’un nous dit : « Si tu savais que ce que tu as fait pour moi m’a tellement soulagé » ! Cela vous rend heureux, plutôt que l’on vous dise : « Ah, qu’est-ce que tu es sympa, tu me donnes toujours un coup de main ! » Alors, en effet, vous allez vous dire que vous êtes sympa, que vous donnez toujours un coup de main. Mais si je vous dis : « Oh, là, là, c’est tellement généreux de ta part d’être souvent présent quand j’ai besoin de toi parce que cela me soulage d’un poids, cela m’a permis de pouvoir faire autre chose, d’être rassurée par rapport à telle chose », et de ce fait, l’autre est valorisé. Ce n’est pas juste un compliment qui fait plaisir à la personne généreuse, c’est de lui montrer les conséquences positives que cela apporte sur la vie de quelqu’un d’autre.

Ce qui marche pour les adultes marche pour les enfants de la même manière.

 

-Quatrième clef : Ne pas forcer son enfant à prêter ses affaires ! Mettez-vous à sa place, imaginez-vous, au restaurant par exemple, et que la jeune femme de la table d’à côté a oublié son rouge à lèvres, qu’elle vous demande de lui prêter le vôtre et que votre mari vous dise : « eh bien, prête-lui, tu en as au moins 2 ou 3 dans ton sac, prête-lui ton rouge à lèvres, je ne comprends pas que tu ne veux pas, tu es égoïste ou quoi ? » Vous n’aimeriez pas, je suppose. C’est pareil pour votre enfant, si vous le forcez, il va finir par le faire, ou pas, mais cela va créer un conflit, il va détester l’autre enfant, ce sera donc improductif. De plus, cela ne l’amènera pas à comprendre et à apprécier le bonheur de faire plaisir à quelqu’un d’autre, il ne comprendra pas le sens de ce qu’il fait et l’intérêt de partager.

S’il ne veut pas prêter quelque chose, plutôt que de lui dire que ce n’est pas bien et pas gentil, c’est de lui dire : « Ok, je vois que tu n’as pas envie de prêter ton seau, est-ce que tu voudrais bien prêter autre chose, que voudrais-tu prêter, peut-être ta pelle ? » Alors, peut-être va-t-il vous dire non, mais cela permettra de créer une ouverture et ne pas l’obliger à prêter son seau, car sans cela il risque de se fermer, de se sentir agressé, de ne pas se sentir entendu dans son besoin et son ressenti, alors que si vous lui ouvrez une porte, vous lui donnez le choix, de prêter ou pas, vous respectez son choix de ne pas prêter son seau, et vous lui ouvrez l’opportunité de prêter autre chose et peut-être serez-vous étonné de voir votre enfant dire qu’il le prêtera plus tard parce que pour l’instant il en a besoin. Il va être entendu dans son ressenti et c’est capital dans la construction d’un être humain, cela évite la culpabilité et de se dire qu’on est mauvais !

 

-Cinquième clef : Montrer l’exemple ! Nous ne le dirons jamais assez, les enfants ne font pas ce que l’on dit, mais ce que l’on fait ! De toute évidence, si vous vous tenez bien à table, votre enfant, par mimétisme, se tiendra bien à table ! Si vous êtes poli, que vous ne dites pas de gros mots, que vous utilisez un langage correct, votre enfant par modélisation fera la même chose !

Si vous voulez que votre enfant soit généreux, empathique, il faut qu’il vous voie, vous-même être généreux, empathique vis-à-vis des autres. Rendez-vous facilement service, êtes-vous soucieux du bien-être des autres, prêtez-vous facilement vos affaires, êtes-vous respectueux d’autrui ? Il est courant d’entendre dans les familles, c’est ma maison, ce sont mes affaires tu n’y touches pas, alors, bien sûr il est normal de ne pas laisser un enfant toucher à tout, toutefois, dans cette notion de « c’est à moi », il n’y a pas cette notion de partage, il est préférable de dire : « cela n’a rien à faire chez toi, ce ne sont pas des choses pour les enfants, ou bien lui dire que c’est un objet personnel », plutôt que de mettre l’accent sur le : « ça, c’est à moi, ça, c’est à toi ». Lorsqu’on a plusieurs enfants, il est fréquent que l’on dise : « ça, c’est à lui, ça, c’est à elle », et quand les enfants disent, il a pris mon jouet ou autre, c’est de lui dire, et moi c’est ce que je faisais avec mes enfants, je leur disais : « C’est vrai que tu as reçu ça pour ton anniversaire, mais cela n’empêche pas de prêter aux autres, d’ailleurs toi, tu utilises les choses qui sont en commun, par exemple, je ne te dis pas de ne pas manger dans une assiette parce que c’est moi qui l’aie achetée, ou tu ne dors pas dans ton lit parce que c’est moi qui l’aie acheté. Tu ne t’assois pas dans ce canapé parce que c’est le mien puisque je l’ai acheté ! » C’est important de lui faire comprendre que c’est son jeu, qu’il est à lui, mais, dans une famille, on met les choses en commun et chacun peut les utiliser. Évidemment, il y a des choses que l’on peut moins utiliser que d’autres, notamment à l’adolescence, où l’instinct de propriété est un peu plus fort parce que cela touche à l’intimité, et là, on ne va pas faire la même chose, mais chez les tout petits, c’est important de ne pas dire, et j’entends beaucoup de parents le faire : « arrête de toucher à ses affaires, tu touches toujours à ses affaires », et l’on finit par créer un instinct de propriété sur- développé, et de l’égoïsme d’une certaine façon parce que l’on envoie le message à ses enfants que parce que ce sont mes affaires, les autres n’ont pas le droit d’y toucher !

Mûrissez toutes ces réflexions, et vous verrez que rien n’est irréversible concernant l’éventuel égoïsme de votre enfant !