Quand les repas deviennent source de conflits

Alors que les repas peuvent parfois être le seul moment où nous nous retrouvons en famille et devraient être un moment de partage et de joie, cela peut parfois devenir une véritable source de conflits et d’angoisses. Nous appréhendons alors le traditionnel appel « à table » qui reste sans suite ou encore la grimace de nos bambins lors de la découverte du plat que nous avons pourtant concocté avec amour et patience. Nous sentons la colère monter en nous, déçus que la réaction de nos enfants ne soit pas à la hauteur de nos efforts et du temps passé pour le préparer. Nous nous sentons désespérés à l’idée que nous allons encore devoir nous fâcher pour que notre progéniture ne parte pas le ventre vide !

Lâcher prise

Nous nous inquiétons très souvent, nous parents, de ce que vont avaler nos enfants et à juste titre, puisque nous sommes des parents nourriciers. La nourriture est pour nous symbole de survie. C’est le béaba de notre rôle et lorsque nous ne réussissons pas ce simple devoir, alors difficile pour nous d’imaginer que nous puissions être un bon parent. Nous avons hérité des générations précédentes qui ont connu la misère et le manque. Il fallait manger pour survivre et surtout ne pas gaspiller les denrées rares. Or, tout ceci n’est heureusement plus d’actualité en France ou de manière plutôt rare. Nous pouvons lâcher prise. Nos enfants ne vont pas périr de faim. Lorsqu’un bébé est allaité, il sait dès son plus jeune âge les quantités dont il a besoin. Et s’il demande toutes les deux heures, ce n’est pas par caprice, mais bien parce que son estomac est trop petit. De plus, ce besoin de se nourrir est vital, aucun enfant ne se laissera mourir de faim, rassurez-vous !

Les clefs de votre passé

Pour éviter les dérives, il nous appartient de fixer des règles et de les expliquer clairement aux enfants. Par exemple, nous pouvons indiquer qu’ils ont le droit de ne manger ou de ne pas terminer leur repas, mais qu’ils n’auront rien en compensation. Ne les privez pas non plus de dessert s’il était prévu, mais ne cédez pas à la tentation (s’ils vous disent qu’ils ont encore faim) de leur donner un autre plat. A la maison, ce n’est pas un restaurant et il faut qu’ils comprennent que vous ne pouvez pas tenir compte des goûts et désirs de chacun. IL ne s’agit pas de leur servir tous les jours des mets qu’ils refuseront, mais de les inciter à goûter afin de développer leurs papilles. Ce n’est pas être malveillant que d’éduquer le palais de son enfant et c’est le chemin obligatoire pour qu’il se familiarise avec des textures et des saveurs différentes. Lorsque votre enfant dit « je n’aime pas les légumes », c’est très souvent qu’il n’a pas envie d’y goûter et qu’il préfèrerait autre chose. Le terme « n’aime pas » est très souvent injustifié. De l’intérêt de ne pas céder au risque de voir peu à peu diminuer la liste de ce qui lui plait ou pas.

Attention également aux sucreries. Elles compromettent la régulation naturelle par l’enfant de ses propres besoins. En fait, un des problèmes aujourd’hui est bien l’omniprésence de sucreries. Nos enfants savent naturellement lorsqu’ils ont faim et ce qu’ils doivent manger (en qualité, en quantité) si rien n’est venu entraver ceci : rapport de force par rapport à la nourriture et omniprésence de sucre.

Les sucreries viennent tout dérégler puisque les enfants n’ont aucunement besoin de ces sucres raffinés sans valeur nutritionnelle. En outre, ils seront satisfaits sur le moment, mais auront très vite envie de sucre de nouveau au détriment des aliments plus sains. L’idée est de limiter au maximum les aliments concernés et idéalement de pouvoir effectuer ses courses sans enfant pour ne pas céder à leur pression.

Un enfant qui craint le moment du repas de peur d’être réprimandé ne prendra aucun plaisir à venir à table et repoussera ce moment le plus loin possible.
Le fait qu’on ne les ait pas laissés responsables de leurs besoins précédemment ou encore que les repas soient devenus une source de conflits peut venir entraver le climat général des repas. De la même façon, un enfant que l’on aura laissé pleurer aura intégré inconsciemment que la réponse à sa demande n’est pas systématique. Par conséquent, il mangera plus que de besoins lorsqu’il aura l’occasion de manger.

De même, un enfant qui craint le moment du repas de peur d’être réprimandé ne prendra aucun plaisir à venir à table et repoussera ce moment le plus loin possible.

Il convient donc de rétablir la paix à table et de lâcher prise. Les repas doivent ne devenir un moment de plaisir y compris si l’un des participants n’avale rien ou presque rien. Cela doit être un instant où il y a des échanges positifs, des partages et du plaisir. Ensuite, le phénomène d’imitation et les besoins de l’enfant agiront d’eux-mêmes avec le temps.

Mon enfant veut jouer à table … Et alors ?

Nous pouvons prendre un jeu compatible avec le moment des repas et même faire du repas un jeu.

Les enfants jouent comme ils respirent. C’est pour eux un besoin vital, comme pour nous celui de nous épanouir socialement ou encore de nous reposer. L’enfant se construit en jouant.

Leur faire manger des fruits ? Ferme les yeux, je te donne un fruit et tu me dis de quel fruit il s’agit. Les enfants adorent ce jeu, à condition de ne pas les trahir et de ne pas leur faire avaler un aliment qu’il n’aimerait pas. Nous devons instaurer un climat de confiance.

Les tout-petits découvrent aussi par le toucher, alors armons-nous de patience. Couvrez-les pour éviter les lessives et laissez-les partir à la découverte des textures en mangeant avec leurs doigts. Tant pis pour la propreté du sol  ce n’est pas parce qu’ils mangent n’importe comment à 18 mois qu’ils n’apprendront pas à manger proprement par la suite. Chaque chose en son temps.

Les menus peuvent également être ludiques et de nombreux articles circulent sur internet à ce sujet. Mais tout simplement, faites des personnages il vous suffit de rajouter des yeux, une bouche et un nez au repas pour que tout à coup il devienne plus appétissant. Jouez sur les formes : voiture, animal… Vous pouvez même leur proposer de réaliser un personnage avec les aliments qui composent le repas. Les haricots verts deviennent des cheveux, la purée le visage et quelques tomates cerises pour les yeux, le nez et la bouche. Soyez créatif !

Forcer nos enfants à manger un aliment crée un rapport de force qui ne fera que créer davantage de résistance. Même chose sur les quantités. Qui a dit qu’il fallait finir son assiette ? Les conditionnements ont la dent dure. C’est vrai, nous ayons presque tous été éduqués à finir nos assiettes pour éviter le gaspillage et respecter la nourriture autrefois si rare, nous ne devons pas obliger nos enfants à finir leur assiette même s’ils se sont servis eux-mêmes et qu’ils ont surestimé leurs besoins. Rappelons-lui les règles. (Un jour je vous promets, elles seront acquises, mais seulement à force de répétition).

Nos grands-parents et parents ne pouvaient concevoir de ne pas finir leur assiette et se servaient copieusement dès qu’ils en avaient la possibilité du fait de leur histoire. Mais aujourd’hui, nous ne sommes plus en guerre ni en manque et les denrées sont surabondantes et c’est bien l’obésité qui menace nos sociétés. Nous pouvons donc laisser nos enfants être responsables de leur faim. Il ne s’agit pas de prôner le gaspillage bien entendu, mais bien de respecter un juste besoin.

« Il ne mange pas de tout … ? C’est impoli ! »

Nous sommes désespérés devant le peu de variétés de légumes ou d’aliments que mangent nos enfants… Nous ne comprenons pas pourquoi petits, ils mangeaient variés et équilibrés alors que maintenant, nous peinons à leur faire avaler des carottes ou des haricots.

Cela viendra avec le temps, cessez de vous inquiéter ! Moins nous leur mettons la pression et plus les enfants seront tentés de goûter et d’imiter les adultes de leur entourage. A 3 ans, certains ne mangent toujours pas de tomate, alors qu’à 4 ans, ils les dévoreront peut-être…

Nous devons éviter de coller des étiquettes à nos enfants « il n’aime pas tel aliment. Il est difficile. Il n’aime pas les légumes.» Peut-être mieux vaut-il ajouter un « Pour l’instant, il ne mange pas de tomate, il ne souhaite pas encore y goûter ».

Ils peuvent manger des fruits et des légumes sans manger tous les fruits et les légumes.
Nous pouvons proposer une alimentation variée dans la limite de ce qu’ils aiment. Nous pouvons proposer aussi ce qu’ils n’aiment pas, à condition de ne pas les forcer. S’il est intéressant qu’un enfant goûte plusieurs fois avant de se faire son opinion, il n’est pas indispensable que l’enfant goûte de nouveau un produit qui l’a particulièrement dégoûté. Nous aussi nous avons des goûts, respectons aussi ceux de nos enfants ! Les enfants ne demandent pas à avoir de l’originalité et ne vous feront pas de procès si vous élaborez les mêmes menus toutes les semaines. Ils peuvent manger des fruits et des légumes sans manger tous les fruits et légumes.

Si votre enfant reste malgré tout très sélectif, refuse tout morceau, tout nouvelle texture malgré vos efforts, a même des hauts le cœur quand il goûte certains aliments, il souffre peut-être d’un trouble de l’oralité alimentaire, n’hésitez pas à en parler à son médecin.

« Il veut systématiquement manger son dessert avec son repas … Et alors ?

Avec l’âge, par imitation et conformité à notre société, cela deviendra normal pour lui de manger son dessert après son plat de résistance, en même temps que tout le monde.

Certains spécialistes recommandent même de manger les fruits avant le repas, car ils se digèrent plus rapidement que les autres aliments ! C’est bien notre société qui a pris cette habitude et finalement notre enfant qui a raison !

De même, ce n’est bien évidemment pas parce que nous avons manqué son éducation qu’il réclame sa crème au chocolat avant le repas, mais bien parce qu’il est attiré par le sucre. Un enfant de 18 mois peut difficilement comprendre l’intérêt des codes sociétaux et l’importance de manger son dessert avant ou après le repas. L’enfant est un épicurien par nature. Il prend ce qu’il l’intéresse en premier sans se préoccuper des codes. Et ce n’est pas parce qu’il a mangé lors de deux déjeuners successifs sa crème au chocolat avant son poisson qu’il le fera toute sa vie! Ici, l’exception ne fait pas la règle. Cependant, veillez tout de même à vérifier qu’une énorme pâtisserie ou crème dessert ne vienne pas couper systématiquement l’appétit de vos enfants.

« A table !!!!!!!!!!!!!! »

Nous pouvons parfois avoir préparé un repas qu’ils aiment, penser au repas ludique, avoir prévenu 5 minutes en avances … marre des bons conseils, rien n’y fait, personne ne bouge !

L’impatience monte en nous surtout que le temps est compté et que vous ne souhaitez pas réchauffer plusieurs fois le plat. Donnez ou rappelez les règles du jeu « le repas chaud ne sera servi qu’une fois » et mangez ! Savourez un moment de tranquillité avec votre conjoint, votre amie, votre revue ou encore votre assiette. Cela leur servira de leçon !

Cette règle ne fonctionne pas si les enfants sont happés par un écran. Leur cerveau, alors occupé, n’est pas en capacité de percevoir les conséquences du non-respect de la règle. Nous devons anticiper en programmant un épisode d’une durée correspondante à l’heure du repas et respecter leur envie de voir la fin de leur dessin animé. Soyons sincères et reconnaissons que nous n’apprécions pas nous-mêmes de devoir cesser de lire en milieu de page ou de ne pas voir la fin du match de tennis pour pouvoir manger chaud !

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Quelques astuces pour les aider à manger de tout…

Faites-les participer à l’élaboration du repas. Plus votre enfant est impliqué et plus il sera enclin à manger ce qu’il aura lui-même réalisé. C’est possible quel que soit son âge, à vous d’adapter ses tâches en fonction de cela.

Emmenez-le au marché avec vous et laissez-le choisir les légumes.

Comme nous l’avons vu, le jeu est un excellent moyen de faire manger les enfants. Et si ce soir vous organisiez un pique-nique dans le salon. L’occasion pour eux de manger avec les doigts assis par terre. Pour cela, découpez plusieurs fruits et légumes en petits bâtonnets, quelques sauces et laissez la magie se faire. Vous verrez que vos enfants trouveront une saveur nouvelle à certains aliments qu’ils refusent.

Alors oui, les repas peuvent reste un bon moment et ne sont pas systématiquement une corvée pour les parents et les enfants. Un joyeux dîner, c’est possible !

Certaines émotions ou certains évènements de la journée peuvent parfois entraver la bonne humeur. A nous d’écouter les récits et d’accueillir les sentiments de chacun et de faire en sorte que le repas puisse être le moment d’expression de tous !

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